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Trois récits

Récits

Ce que les pièces permettent de raconter, et où le récit s'arrête.

Récit I

Quatre-vingt-quatorze ans dans le même métier.

Le carnet de comptes ouvre en 1861 et se referme en 1889. Cent quarante pages : des roues, des essieux, des réparations de voitures à cheval, et les noms de quarante-trois clients réguliers. On y lit les prix, donc l'économie du village, et les mois creux, donc les saisons.

En 1921, Édouard change d'enseigne. La photographie qui date ce changement montre l'atelier avec ses portes élargies. Ce qu'elle ne montre pas, c'est ce qu'il a fallu emprunter pour les élargir : aucune pièce du fonds ne le dit.

L'atelier est vendu en 1954. Le contrat est là, la raison ne l'est pas.

Récit II

Vingt-deux lettres, deux censurées.

Rosaire écrit de mars 1916 à octobre 1918. Il parle du temps qu'il fait, de ce qu'il mange, et de son père. Il ne parle jamais des combats, sauf deux fois, et ces deux passages sont barrés à l'encre noire par la censure militaire.

On ne saura pas ce qu'ils disaient. Mais on sait qu'ils ont été écrits, et que quelqu'un a jugé qu'il fallait les effacer. C'est une information, et elle est portée au dossier.

Récit III

Les visages qu'on ne nomme plus.

Deux photographies du fonds sont arrivées sans légende. Thérèse en a identifié une, de mémoire, en 2003 : la moisson chez les voisins, vers 1930. Elle reconnaît une silhouette, pas les autres.

L'autre reste anonyme. Elle est publiée quand même, avec la mention « non identifiée ». Une archive qui ne montre que ce qu'elle sait donne une fausse idée de ce qu'elle possède.

Note
Publier une photographie non identifiée n'est pas un aveu d'échec. C'est une invitation : quelqu'un, quelque part, reconnaît peut-être encore un visage.
Principe de ce gabarit (texte de démonstration)

Citer cette page

Archive de la famille Delorme (démonstration), « Récits », mise à jour du 12 septembre 2026, https://sites.kreativ.ca/archive-famille/recits (consulté le [date]).